Outils

En descendant encore d’un étage vers des solutions pragmatiques et opérationnelles, ce chapitre cherche à trouver les outils concrets correspondant aux méthodes définies précédemment.

Connaissance et reconnaissance des enjeux

Pour bien répondre au besoin d’efficacité, la connaissance et la reconnaissance des enjeux économiques, écologiques et sociaux sont un préalable. Les enjeux d’un territoire sont souvent en opposition les uns avec les autres, et c’est donc un équilibre entre eux qu’il convient de rechercher. Sans cette connaissance, les solutions proposées seront dogmatiques et vouées à l’échec. Les écosystèmes fonctionnent sur un principe d’équilibre dynamique, en constante évolution, qu’il faut rechercher sur l’ensemble des territoires ciblés.

Biomimétisme

L’application technologique et industrielle de la bioinspiration s’appelle le biomimétisme, qui consiste à s’inspirer des milliards d’années d’évolution de la vie pour déterminer les solutions les plus efficaces et adaptées. La France est assez attardée en ce domaine, et les expériences menées en Bretagne devraient chercher à combler ce retard. Le biomimétisme est aussi une attitude positive envers la vie, reconnaissant que les limites de nos raisonnements, alors que des solutions simples, économes et efficaces existent autour de nous. Le biomimétisme souffre en général d’un manque de financement, car les industriels lui accordent peu d’importance. En créant un laboratoire grandeur nature sur des portions de territoires Bretons, nous pourrons fédérer des acteurs du biomimétisme sur ces expérimentations et d’autre part convaincre les industriels de l’intérêt premier de cette démarche, en nous appuyant sur des exemples concrets.

Innovation

Face à la situation actuelle, économique et écologique, nous savons que nous sommes démunis avec les outils d’hier, car les paramètres ont changé. L’innovation est une priorité. C’est une déclinaison de la bioinspiration : la vie ne cesse d’innover pour s’adapter, et nous sommes d’ailleurs l’une de ses dernières inventions. Etant donné le fossé qui nous sépare du monde auquel nous aspirons, le besoin d’innovation est pressant. Notre pays amalheureusement tendance à ne considérer l’innovation que dans ses aspects industriels ou technologiques, car facilement valorisable, alors que
l’innovation sociale et écologique est tout autant nécessaire.

Economie circulaire

L’économie circulaire et son application qui est l’écologie industrielle répondent au besoin d’efficacité et de gestion des flux de matière et d’énergie. Dépensons moins en optimisant les flux plutôt que de chercher à produire plus. L’économie circulaire ne sera opérationnelle qu’en ayant une approche globale et systémique, telle que définie plus haut. Elle est la conséquence de la réussite de l’intelligence collective, qui tendra à rapprocher le modèle industriel du fonctionnement des écosystèmes.

Economie de fonctionnalité

La société de consommation a exacerbé notre désir de possession de biens, privilégiant la détention d’un objet par rapport aux services qu’il propose. L’économie de fonctionnalité est uneapplication directe de la nécessité de coopération et de partage, entre nous et avec les autres espèces. Les services dont nous bénéficions par notre industrie seront plus durables si nous cherchons l’usage du bien plutôt que sa possession, qui conduit le plus souvent à son obsolescence rapide, si ce n’est programmée. L’économie de fonctionnalité est aussi conditionnée par l’aménagement du territoire qui mettra en place les infrastructures pour la développer.

Génie écologique

Malgré leur forte résilience et leur potentiel de développement, les écosystèmes sont parfois trop altérés par les usages et activités humaines, diminuant par là leur bon fonctionnement et donc les services dont bénéficie le territoire. Sans aucune intervention humaine, le temps permettrait sans aucun doute à ces écosystèmes de retrouver de nouveaux équilibres dynamiques, mais ceux-ci ne seraient pas forcément adaptés à nos besoins, ou bien pourraient mettre plusieurs décennies à se mettre en place. C’est pourquoi il est nécessaire de disposer de spécialistes en mesure d’intervenir pour favoriser leur résilience. Il s’agit des professionnels du génie écologique, dont l’objet est de préserver et développer la biodiversité par des actions adaptées sur les écosystèmes. Ce métier essentiel participe donc au maintien du potentiel de bien-être produit par la vie de nos territoires.

Finance

La finance est certainement l’outil le plus utile pour permettre la mutation économique, dès lors qu’elle se projette sur une rentabilité à long terme. Elle est le maillon indispensable qui doit évoluer rapidement et créer des outils correspondant à la dynamique du changement. Les investissements en faveur de l’innovation et des nouvelles formes d’organisation sociale sont indispensables à la métamorphose. Les outils financiers sont adaptés au monde d’hier, avec d’anciens paramètres, et peu compatibles avec l’optimisation de la valeur du territoire à long terme. Les financiers ne doivent pas attendre mais au contraire anticiper largement car le changement ne peut se faire sans eux.

Emploi

Une vision systémique nous demande de prendre en compte l’ensemble des enjeux pour espérer des solutions efficaces et pérennes. L’emploi est sans aucun doute l’un de ses enjeux majeurs prédominants à ne pas ignorer. L’objectif de bien-être des habitants du territoire ne peut pas faire l’impasse sur cette dimension essentielle pour la dignité des personnes. Il nous appartient donc de mettre en relation permanente les dimensions écologique et sociale. Les nouvelles formes d’économie et d’organisation recherchées sont une opportunité majeure de développer des emplois non délocalisables sur les territoires. L’écologie est ainsi un moteur pour sortir de la crise plutôt qu’une contrainte. Au lieu de compter sur la survie hypothétique de grandes filières d’emploi qui se meurent, en restant ainsi dépendant des décisions nationales ou internationales, appliquons le principe de subsidiarité pour créer sur notre sol les métiers qui participent au bien-être de tous. L’ère industrielle se terminant, il faut rapidement se redéployer localement sur cette nouvelle ère que nous avons à construire.

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