L’oïkologue
Relier le vivant, l’économie et les territoires
Les compétences existent.
Naturalistes, écologues, agronomes, économistes, paysagistes, ingénieurs et entreprises de génie écologique interviennent chaque jour sur les territoires.
Mais qui tient l’ensemble ?
Qui relie le fonctionnement des sols et de l’eau aux activités économiques, aux usages, aux décisions et aux communautés humaines ?
Qui aide les acteurs à construire une trajectoire commune plutôt qu’une succession d’actions isolées ?
C’est la fonction de l’oïkologue.
Un professionnel de la maison commune
Le mot oïkologue vient d’oïkos, la maison commune.
L’économie organise les activités de cette maison. L’écologie en étudie le fonctionnement. L’oïkologue relie ces deux dimensions afin de construire une trajectoire compatible avec les systèmes vivants.
L’oïkologue est le professionnel qui lit un territoire comme une maisonnée vivante. Il relie son fonctionnement écologique, ses activités économiques, ses usages et ses communautés humaines afin d’en construire une trajectoire commune. Il peut accompagner une entreprise, une collectivité ou un collectif, mais toujours en les replaçant dans le territoire dont ils dépendent et auquel ils contribuent.
Dans un registre scientifique, cette maisonnée peut être décrite comme un socio-écosystème : un ensemble formé par les milieux vivants, les communautés humaines, leurs activités et les relations qui les unissent.
Il ne considère pas l’entreprise, la ville ou l’agriculture comme des éléments extérieurs à la nature.
L’espèce humaine est une espèce ingénieure. Elle transforme son milieu, comme le castor, le corail ou le ver de terre. La question n’est donc pas de savoir si elle agit, mais dans quelle direction elle oriente son action.
Les compétences sont présentes. La cohérence manque souvent.
Une organisation peut disposer :
- d’inventaires naturalistes ;
- d’un bilan réglementaire ;
- d’une stratégie climatique ;
- d’un plan d’adaptation ;
- d’une politique de responsabilité sociétale ;
- d’études sur l’eau, les sols ou les paysages ;
- d’un ensemble d’actions locales.
Chacune de ces briques peut être pertinente.
Mais des briques ne forment pas nécessairement un mur.
L’oïkologue ne propose pas une étude supplémentaire. Il aide à comprendre comment les connaissances, les acteurs et les actions peuvent former un ensemble cohérent.
Dans quelles situations faire appel à un oïkologue ?
Une entreprise veut dépasser la seule conformité
Elle respecte ses obligations, mais souhaite comprendre plus profondément ses dépendances aux sols, à l’eau, aux ressources, au territoire et aux communautés humaines.
L’oïkologue l’aide à inscrire sa stratégie dans le fonctionnement vivant dont dépend sa pérennité.
Une collectivité dispose de nombreuses études sans vision commune
Les diagnostics existent, les compétences sont mobilisées, mais les politiques de l’eau, de l’agriculture, de l’économie, de l’aménagement et de la biodiversité restent séparées.
L’oïkologue aide à établir une lecture commune et une trajectoire territoriale.
Un projet mobilise de nombreux spécialistes
Les expertises sont solides, mais chaque intervenant travaille depuis son propre domaine.
L’oïkologue clarifie la finalité, organise les relations entre les compétences et veille à la cohérence d’ensemble.
Plusieurs acteurs souhaitent agir ensemble
Entreprises, agriculteurs, propriétaires, collectivités et habitants partagent un territoire, mais pas nécessairement le même langage ni les mêmes priorités.
L’oïkologue crée les conditions d’un changement de regard, d’une communauté de travail et d’une action coordonnée.
Un territoire doit restaurer sa capacité d’adaptation
Les tensions sur l’eau, les sols, les paysages, l’agriculture ou les activités économiques sont traitées séparément.
L’oïkologue replace ces sujets dans une même trajectoire et recherche un équilibre dynamique entre les usages et le fonctionnement des systèmes vivants.
Que produit concrètement un oïkologue ?
L’intervention peut conduire à plusieurs résultats.
Une lecture du socio-écosystème
Elle met en relation :
- le fonctionnement écologique ;
- les usages ;
- les activités économiques ;
- les acteurs ;
- les dépendances ;
- les pressions ;
- les potentialités du territoire.
Une finalité claire
Avant de choisir une méthode, il convient de préciser le résultat recherché.
S’agit-il de respecter une obligation, de renforcer la pérennité d’une activité, de restaurer une fonctionnalité écologique ou de construire une trajectoire commune ?
Une représentation partagée
Les acteurs disposent d’une lecture commune de leur territoire, de ses équilibres et de ses évolutions possibles.
Une trajectoire
L’oïkologue ne produit pas seulement un état des lieux.
Il aide à définir une direction, des étapes, des priorités et des critères de suivi.
Une organisation des compétences
Il identifie les spécialistes nécessaires, précise leur rôle et organise leur coopération.
Une gouvernance
La trajectoire doit pouvoir être suivie, discutée et adaptée dans la durée.
L’oïkologue aide à construire les relations et les règles permettant cette continuité.
Trois finalités, trois types de commande
Toutes les démarches environnementales ne poursuivent pas le même objectif.
Être en conformité
L’objectif consiste à respecter le droit, sécuriser une autorisation ou satisfaire une obligation.
Cette finalité est nécessaire. Elle appelle principalement des compétences réglementaires et naturalistes.
Renforcer la stratégie de l’organisation
L’objectif consiste à anticiper des risques, renforcer l’ancrage territorial, mobiliser les collaborateurs, répondre aux attentes des parties prenantes ou développer de nouvelles activités.
La démarche relie alors biodiversité, stratégie et pérennité économique.
Contribuer au fonctionnement de la maison commune
L’organisation reconnaît que son avenir dépend du fonctionnement du territoire dont elle fait partie.
Elle ne traite plus le vivant comme un sujet périphérique. Elle cherche à inscrire ses activités dans une trajectoire bénéfique pour l’entreprise, les communautés humaines et les systèmes vivants.
C’est dans cette troisième finalité que la fonction d’oïkologue prend toute sa dimension.
À chaque finalité correspondent des compétences, des méthodes et des résultats différents.
L’oïkologue ne remplace pas les spécialistes
Le naturaliste connaît les espèces et les habitats.
L’écologue analyse les interactions, les fonctionnalités et les trajectoires écologiques.
L’agronome comprend les systèmes de production et le fonctionnement des sols.
L’économiste travaille sur les échanges, les modèles et la répartition de la valeur.
Le paysagiste lit les formes, les usages et les évolutions du territoire.
Les entreprises de génie écologique conçoivent et réalisent les interventions.
L’oïkologue ne prétend pas réunir toutes ces compétences.
Il aide à poser la bonne question, à formuler la finalité et à organiser la coopération entre les professionnels.
Il ne remplace pas l’expertise. Il lui donne une direction commune.
Une posture professionnelle
L’oïkologue se caractérise par :
- une compréhension systémique du vivant ;
- une expérience réelle du terrain ;
- une connaissance des réalités économiques ;
- une capacité à travailler avec des acteurs différents ;
- une attention aux usages et aux relations humaines ;
- une faculté à relier les échelles et les temporalités ;
- une humilité devant la complexité de la Vie.
Il doit être capable de dire :
« Je ne dispose pas seul de toutes les réponses. Construisons la lecture et la trajectoire avec les compétences nécessaires. »
L’oïkologie est donc à la fois un métier, une posture et une manière de conduire l’action.
Pourquoi ce métier devient-il nécessaire ?
L’action écologique s’est largement structurée autour de la protection des espèces, de la réglementation, de la réduction des impacts, de la compensation et de la restauration des milieux.
Ces interventions restent indispensables.
Mais les difficultés rencontrées sont rarement seulement techniques. Elles proviennent aussi :
- de la séparation des disciplines ;
- de l’absence de finalité commune ;
- de décisions prises à une échelle trop restreinte ;
- d’une lecture fragmentée des territoires ;
- d’une faible articulation entre écologie et économie ;
- d’une coopération insuffisante entre les acteurs.
Le lampadaire éclaire ce que les outils existants savent déjà mesurer. Il n’éclaire pas nécessairement l’endroit où se trouve la réponse.
L’oïkologue aide à déplacer le regard.
Une fonction issue du terrain
Le mot est récent. La pratique ne l’est pas.
Depuis plus de vingt-cinq ans, des démarches territoriales ont cherché à relier :
- les fonctionnalités écologiques ;
- les activités économiques ;
- l’agriculture ;
- les usages fonciers ;
- la gouvernance ;
- la création de valeur ;
- les communautés humaines.
L’oïkologue donne un nom à cette fonction d’assemblage, de lecture et de conduite de trajectoire.
Tant qu’un métier ne possède pas de nom, il reste difficile à identifier, à solliciter, à former et à transmettre.
Lire l’article de fond
Pourquoi un mot nouveau pour la maison commune ?
L’article L’âge de l’oïkologue revient sur la naissance du mot et sur la séparation progressive entre écologie, économie et territoires.
Il montre pourquoi le besoin ne porte pas seulement sur une compétence supplémentaire, mais sur une fonction capable de tenir l’ensemble.
Le premier Cahier Œtopia
L’âge de l’oïkologue
Guide pour les entreprises d’une économie réconciliée avec le vivant
Le livre part d’une question concrète :
Comment choisir un bon écologue ?
Cette question en révèle une autre :
Quel donneur d’ordre voulez-vous être ?
L’ouvrage présente les métiers du génie écologique, les différentes finalités d’une commande, la fonction de l’oïkologue et les conditions permettant aux entreprises de construire une relation plus cohérente avec les systèmes vivants.
Préface de Nathalie Frascaria-Lacoste, professeure d’écologie évolutive et d’ingénierie écologique à AgroParisTech.
Un travail ouvert par Œtopia
Œtopia poursuit un travail de définition, de transmission et d’expérimentation autour de la fonction d’oïkologue.
Il ne s’agit pas de créer précipitamment un titre ou un label.
Le chantier porte progressivement sur :
- la définition du métier ;
- les compétences nécessaires ;
- la posture professionnelle ;
- les modalités de transmission ;
- l’articulation avec les métiers existants ;
- les premières situations d’application.
Les articles, travaux et retours d’expérience seront partagés dans la lettre Œtopia.
Questions fréquentes
L’oïkologue est-il un nouvel écologue ?
L’oïkologue s’appuie sur l’écologie, mais sa fonction est plus transversale. Il relie le fonctionnement écologique aux usages, aux activités économiques, aux acteurs et à la trajectoire du territoire.
Existe-t-il un diplôme d’oïkologue ?
Non. Le terme désigne aujourd’hui une fonction professionnelle en cours de définition et de transmission.
L’oïkologue remplace-t-il un bureau d’études ?
Non. Il aide à formuler la finalité, organiser les compétences et assurer la cohérence des interventions.
À qui s’adresse-t-il ?
Aux entreprises, collectivités, maîtres d’ouvrage, agriculteurs, propriétaires et collectifs territoriaux qui souhaitent dépasser une approche fragmentée du vivant.
Quelle différence avec un consultant en stratégie ?
Le consultant en stratégie travaille principalement sur l’organisation et le modèle économique. L’oïkologue intègre également le fonctionnement écologique, les usages, les communautés humaines et les équilibres du territoire.